Utopia au Pitoëff

THÉÂTRE PITOËFF

Je trouve Shakespeare précisément attirant par son attitude à l’égard de son œuvre. Il y a quelque chose de légèrement irritant dans la détermination des très grands artistes, comme Dante, Joyce, Milton, à créer des chefs-d’œuvre et à se pénétrer de leur propre importance. Être capable de vouer toute sa vie à l’art sans oublier que l’art est une chose frivole exige une force de caractère exceptionnelle. Shakespeare ne se prend jamais trop au sérieux.
D’ailleurs a-t-il jamais existé ?

RIDICULES TÉNÈBRES

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Marlow, pas plus que Conrad, ou Lotz ou Coppola, ne sont des bien-pensants : s'il est révolté par les mauvais traitements infligés au malheureux indigènes du poste où il doit prendre en charge son vapeur – quel homme de cœur ne le serait pas ?
– Il ne lui viendrait pas à l'idée de passer pour autant sous silence les comportements primitifs, instinctifs et souvent incompréhensibles à ses yeux des Africains qu'ils découvrent. Blancs comme Noirs, nous sommes tous de bien étranges animaux, voilà le credo de Marlow et il n'en démordra pas une seconde. Et c’est une des questions à l’oeuvre dans la pièce : où nous situons-nous, dans notre humanité et notre rapport à l’autre ?
Ce qui me passionne chez Conrad, chez Lotz, et bien d’autres, Shakespeare, Perlman, ce sont les ténèbres de l'âme humaine, que celle-ci soit enfermée dans un corps blanc ou dans un corps noir, dans un corps de femme ou dans un corps d’homme.