et jamais nous ne serons séparés

‹Et maintenant il va bientôt venir /Je suis forte et grande et belle /Et alors il faut qu'il vienne›


de Jon Fosse
24 au 29 janvier & 7 au 12 février 2017
durée du spectacle 1h15

Mise en scène Andrea Novicov
Assistante mise en scène Clémence Mermet

Avec Nathalie Boulin, Lara Khattabi, Roberto Molo

Lumière Laurent Junod
Son Jean-Baptiste Bosshard
Régie son David Chesnel
Régie lumière Joël Corboz
Espace-Scénographie Les Ateliers du Colonel, Serge Perret
Costumes Anna van Brée
Maquillage Dominique Jaquet
Administration France Jaton
Traduction Terje Sinding
L'Arche est éditeur du texte représenté

ELLE, la quarantaine, dans le salon de son bel appartement, le soir. Pour le moment elle est seule, mais plus pour très longtemps.
LUI, la cinquantaine, arrive sans sonner. Il a les clés, pose son manteau dans l’entrée, se dirige vers le salon.
LA FILLE, bien plus jeune, accompagne l’homme et reste dans l’entrée. Elle n’ose pas poursuivre plus loin. La tension devient palpable, les questions s’entrechoquent, la respiration se fait difficile, les émotions demandent à jaillir.

Jon Fosse, tel un maître du polar nordique, nous convie à une course poursuite des sentiments, où bien des attentes seront déjouées.

‹ Finis les glaces polaires, le regard figé sur la ligne d’horizon et les phrases suspendues.
Novicov dirige Nathalie Boulin dans une logique de service volée qui ne meurt jamais dans le filet.
C’est que la comédienne, toujours excellente et trop rare sous nos latitudes, mélange une énergie solaire à une vraie folie. ›

@critique dans Le Temps du 18 janvier 2017


Mettre en scène Jon Fosse est un exercice des plus périlleux, tellement cette superbe matière dramatique peut nous perdre sur le chemin. J’ai eu l’occasion d’assister à trop de versions de ces textes portés à la scène d’une façon lourde, oppressante et dépressive. Oui, c’est vrai, les personnages et les situations qui habitent les œuvres de Jon Fosse ne sont pas des plus gaies, mais la vie l’est-t-elle ? Qui parmi nous n’est pas confronté quotidiennement à la douleur, à la frustration et au deuil ?
Mais ce n’est pas pour autant que nous arrêtons de rire, de bien manger, de profiter du temps que nous avons devant nous. Nous avons souvent la force de partager avec nos proches les événements douloureux de l’existence d’une façon vitale, avec l’énergie qui est due à la vie pour les cadeaux qu’elle nous fait malgré tout, chaque jour. Et alors, pourquoi, si le sujet d’une oeuvre est grave, faudrait-il que le spectacle de théâtre soit triste et lourd ?
Il fût un temps pendant lequel, nous, gens de théâtre, avons exploré, creusé, convoqué sur scène la douleur, le drame, la souffrance et nous l’avons étalé sans retenue.
Pourquoi le faisions nous ?
Peut-être parce que jusqu’à l’arrivée d’Internet, le monde réel était en partie caché aux yeux du citoyen par une presse et une télévision qui arrondissaient les angles. Probablement qu’à cette époque, un théâtre, qui dévoilait, affirmait et imposait la douleur du monde au spectateur, a été un théâtre nécessaire. Mais aujourd’hui non, stop ! Nous avons les yeux et les oreilles remplis des drames de l’humanité entière, et ceci en temps réel, ils débordent de nos écrans, de nos ordinateurs, à travers les réseaux sociaux.
Cette information ne nous rend pas plus sensibles, au contraire, le quotidien devient de plus en plus agressif et froid.
Est-ce donc encore nécessaire que le théâtre participe à cet étalage ?
Je pense que non.

Par la Compagnie Angledange

En coproduction avec La Grange de Dorigny
Avec le soutien du Fonds d'encouragement à l'emploi des intermittents genevois (FEEIG)
Pro Helvetia & le Département de la Culture et du Sport de la Ville de Genève & La Fondation Leenaards & La Loterie Romande